Berline avril 1939 - n° de série 680784
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Cette très belle Berline 15-Six G appartient depuis 2003 à Patrick Walter, ancien membre bien connu du club La Traction Universelle résidant dans la région de Nancy. L'auto, aujourd'hui parfaitement restaurée a la particularité d'être équipée d'un toit ouvrant rigide. L'histoire de cette 15 G est maintenant complète grâce aux recherches menées par son propriétaire dans le courant de l'année 2024. 680784 sort de l'usine Citroën du Quai de Javel le 27 avril 1939. Elle porte le n° de Coque EA 07 59 et son n° de moteur est PB 00812. Elle est livrée neuve à un industriel du nom de Jean Bourguet et est immatriculée pour la première fois le 1er mai 1939 sous le n° 702 XV 3. Mais je laisse la parole ci-dessous à Patrick Walter lui-même qui a raconté, sous la forme d'une feuilleton en 4 épisodes et dans un style bien à lui, le déroulé de ses recherches et par la même l'histoire de son auto :
Les Tribulations d’une Reine
Episode 1 : Vous connaissez le film "Le Discourt d’un Roi" ? Et bien voici maintenant "Les Tribulations d’une Reine"... Fort du succès de la découverte de la première immatriculation de ma Delahaye n°46102 (1662 PF 7), je me suis fixé pour objectif de retrouver le numéro premier de ma 15-Six n° de série 680784, surnommée "La Reine de la Route". Le conservatoire Citroën m’avait communiqué la date du 20 avril 1939 comme date de sortie d’usine, mais pas de destination. Objectif donc, trouver une immatriculation autour des mois de mai, juin ou juillet 1939 suivant le système en vigueur de 1928 à 1950. Plus simple que pour ma voiture de la rue du Banquier (la Delahaye précédemment citée), je disposais suite à l’achat de l’auto en 2003 d’une carte grise mentionnant son immatriculation en 195 EZ 31 le 10 janvier 1957 au nom de Paul Constans, et d’un numéro d’immatriculation antérieur, 95 AH 11, datant du 4 novembre 1953. Direction donc les Archives Départementales de l’Aude à Carcassonne. Première réponse : "l’immatriculation 95 AH 11 correspondant à l’achat du véhicule par Mr Henri P., industriel forain et du spectacle, l’auto ayant été antérieurement immatriculé 381 BC 31". Direction les archives de la Haute Garonne à Toulouse, où on me répond : Pas de problème Monsieur, nous avons les renseignements que vous recherchez. Seulement, comme disait "Le Mexicain" dans "Les Tontons Flingueurs", "il faut faire tomber 10 sacs à l’archiviste"... Je m’exécute, et là, surprise, c’est la fête au village, c’est tournez manège, grâce au numéro 381 BC 31, sont identifiés trois propriétaires en quelques mois : des industriels forains, Pascal P. et Roger B., et une serveuse de bar, mais aux bras de déménageur… Comme le disait Lino Ventura, toujours dans "Les Tontons Flingueurs" : "Une blonde comac ! Comment qu’elle s’appelait déjà.... Lulu la Nantaise !" Blase de forain, bien entendu, de son vrai nom Madeleine L., et avec tout ça, une immatriculation antérieure, 754 G 82, donc dans le Tarn-et-Garonne. Allez, un petit courrier aux Archives Départementales à Montauban, ça ne peut pas faire de mal… Mais là, nouvelle surprise, le 754 G 82 correspond à une Renault ??? Aie, aie, aie, que s’est-il passé ? Les chevrons de ma 15 se sont mélangés et forment maintenant un losange ! Vais-je retrouver cette première immatriculation ? Vous le saurez dans le prochain épisode des " Tribulations d’une Reine "...
Episode 2 : Nous en étions resté à la réponse d’Anne-Sophie C. des archives de Montauban, et à son impossibilité d’accéder à ma demande, puisque le numéro 754 G 82 ne correspondait pas à ma 15, mais à une Renault. Aussitôt, mon sang ne fait qu’un tour, ou plutôt, un demi-tour, en direction de Toulouse, et là, Thierry G. reconnait ne rien pouvoir faire pour moi non plus. Selon lui, il s’agit certainement d’une erreur de transcription de l’ancien numéro au moment de l’attribution du numéro 381 BC 31. Nouveau demi-tour (et oui, on est dans une histoire de forains, et c’est tournez manèges…), cette fois-ci vers Anne-Sophie de Montauban. Je décide de sortir le grand jeu, la botte de Nevers, l’arme de séduction massive (…), mon "sexe à pile téléphonique"… Comme Bernard Tapie, je marche à la Wonder, enfin, lui marchait, comme disait Georges... Allo Anne-Sophie ! Je suis désespéré, au bord du gouffre, vous êtes mon seul espoir ! Vous serait-il possible de faire une recherche, dans la période du G 82, avec mon n° de série 680784 ? Vous m’êtes sympathique, me dit-elle (ce n’est pas faux…), je vais essayer, mais sans garantie, et ça risque d’être long. Merci, merci, merci Anne-Sophie, comme quoi, la Wonder, ça marche ! Merci Bernard ! Deux jours plus tard, tel Roland du vallon de Roncevaux, Anne-Sophie, du fin fond de Montauban, me lance : Eurêka Mr Walter, j’ai trouvé ! Ce n’est pas le 754 G 82, mais le 954 G 82 ! Magnifique !!! Et le numéro antérieur, daté du 30 mai 1950, est le 976 B 31. Et oui, encore Toulouse ! Il va falloir remettre 10 tunes dans le bastringue ! Toulouse, ô Toulouse, ce n’est plus la voix d’Anne-Sophie que j’entends, mais c’est : "je suis sous, sous, sous, sous ton balcon...", c’est " Cécile ma fille ...", "Ici Nougayork !". Mais une question se pose : ce premier numéro de 1939, est-il sur Toulouse, en "FS 5" ? A suivre…
Episode 3 : J’ai oublié de préciser que de toutes les Archives Départementales contactées, seules celles de la Haute-Garonne (à Toulouse) vous demandent 10 € avant de communiquer la moindre information. Mais revenons à notre enquête qui avait pour objectif, je le rappelle, de rechercher le premier numéro d’immatriculation de ma 15-Six, en remontant, comme disait Yves (mais non, pas sur Simone… ben non, sur Marilyn non plus…) de numéro antérieur en numéro antérieur, et dans la mesure du possible, d’avoir le nom du premier propriétaire de cette 15-Six de 1939 n° série 680784. Refaire son histoire, pour faire court… Finalement, que c’est triste ces autos qui n’ont eu qu’un ou deux propriétaires... Alors que nous touchons au but, oui, but avec un B, pas un P, je voudrais que l’on analyse un instant ce que peut être la fragilité de la condition humaine. Ces forains, qui, aux fils des attractions, des tractations, des transactions, ne savent plus à qui est la Traction, et cet employé de préfecture, à force de travail, ou peut être de lorgner sur la pendule (…), pense 9 et écrit 7. Désolant ! Je suis certain que vous avez suivi les épisodes précédents, mais je voudrais mettre en garde les âmes sensibles. Non, cette 15 n’a pas été immatriculée à Toulouse en 1939. Non, son premier numéro d’immatriculation n’est pas en "FS 5", suivant le système en vigueur en 1939. Je sais, la déception est grande… Mais, dirigeons-nous vers l’autre ville rose, la ville natale du Conte Jean-François Galaup de La Pérouse, celle d’Henri de Toulouse-Lautrec, celle qui a pu mesurer l’usure des bancs de son lycée par les fonds de culottes d’un certain Georges Pompidou, et enfin, la cité adoptive d’un découvreur de Citroën anciennes, que nous appellerons Jacques Lucien de Courtmire, dit "Stradivarius", dit "le dénicheur", dit "le directeur", pour préserver son anonymat, mais qui est indirectement à l’origine de ces tribulations, puisque c’est grâce à lui que cette rare 15 est mienne. Merci au passage à l’ami Thierry G. des Archives Départementales de la Haute-Garonne à Toulouse, qui, ayant engourdi mon oseille, me transmet le numéro antérieur au 976 B 31 : le 702 XV 3, immatriculation attribuée en mai 1939 à Albi, d’après l’histoire des plaques de 1928 à 1950. Le voilà ce fameux premier numéro, 702 XV 3, objet de ces recherches ! Comme vous pouvez le voir, cette voiture a été, en deuxième main, mise au nom de Mr Angé, carrossier de son état. J’ai d’ailleurs pu relever lors de la restauration du véhicule, les traces d’une réparation à l’avant droit. Bien entendu, la demande immédiate auprès des Archives Départementales du Tarn est faite pour identifier le nom du premier propriétaire. A suivre...
Episode 4 : Nous arrivons au terme de cette aventure. Nous en étions restés aux Archives Départementales du Tarn à Albi où j’avais demandé le nom du titulaire de ce numéro 702 XV 3, attribué le 1er mai 1939, jour que le Maréchal n’avait pas encore décrété comme férié... Qui était donc celui qui avait commandé et fait faire ses premiers tours de roues à cette "Reine de la Route" ? Né en 1889, docteur en droit, avocat, chef d’entreprise, maire de sa commune, conseillé général du Tarn, vice-président de la chambre de commerce et d’industrie, et administrateur de la Banque de France en cette bonne ville de Mazamet. Il devient sénateur en 1974 et Officier de la Légion d’Honneur. Là, je vous vois venir, l’œil hypocrite et le sourire en coin. Vous allez me dire : Bon, euh, oui, et pourquoi pas une petite médaille, pendant qu’on y est, hein ? A monter en porteclés, ou à accrocher au rétroviseur !. Alors justement, si je puis me permettre, et puisque vous évoquez le sujet : Croix de Guerre, Médaille de la Résistance Française, Chevalier des Palmes Académiques, Commandeur du Mérite Commercial, Médaillé d’Honneur Départemental et Communal. Et c’est pas tout, et c’est pas tout (comme le chantait André Raimbourg) ! Il s’engage dans la résistance après l’annexion de la zone libre, dont il devient un membre éminent sous le pseudonyme de "Jean", son premier prénom. Et il va utiliser son troisième prénom, Frédéric, comme prénom usuel, au point mème de changer la carte grise de sa 15-Six le 13 mars 1941 (je ne sais pas pourquoi, cela me rappelle une succession de propriétaires, et changements de départements, dans le monde forain, histoire de brouiller les pistes...) ! Pour le régime de Vichy, on ne peut pas dire qu’il corresponde aux critères du bon collaborateur. Il est donc destitué de ses fonctions, justement à partir de 1941. Pour lui, la pastille (de Vichy…) est dure à avaler. Ses fonctions, il va les retrouver en 1944, et mise à part cette "parenthèse", il restera maire de sa ville du Tarn, Labastide – Rouairoux, de 1919 à 1947. Ce Monsieur, au parcours hors du commun, c’est Jean-Auguste-Frédéric Bourguet (1889 – 1978). Pour toutes ses activités, de sa 15, il va en avoir besoin. Pendant la guerre, l’essence se fait rare, et il n’y a plus droit. Aussi, en mars 1941, il la fait équiper d’un gazogène. Elle va circuler ainsi jusqu’à l’accident en 1948. Rachetée par Mr Angé, carrossier à Toulouse, elle est réparée, puis reconvertie à l’essence le 9 octobre 1949. Elle va connaitre une succession d’utilisateurs, comme à la foire ! Aussi, vous comprendrez pourquoi, par un beau jour de 1956, fatiguée de toutes ces tribulations, non loin de Buzet-sur-Tarn, la mécanique de cette pauvre auto va rendre l’âme. Eh oui, c’est la casse moteur ! Fort heureusement, notre bon samaritain garagiste, Mr C., va dépanner et garder la voiture au chaud, dans l’objectif d’une remise en état pour occuper sa retraite. Mais le destin va en décider autrement, et c’est comme cela, par l’intermédiaire de "Jacques Lucien", qu’elle est arrivée chez moi. Une bien belle petite histoire dans la Grande Histoire, comme on aimerait en voir plus souvent…
Patrick Walter
Récapitulatif de l'historique de 680784 et principaux documents collectés par Patrick Walter
Transformation en gazogène en mars 1941
Reconverti à l'essence le 9 octobre 1949 (PV des Mines)
Qui était Frédéric Bourguet ?
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| Profil Wikipédia de Frédéric Bourguet |
La 15 G telle qu'elle fût découverte en 1999 à Buzet-sur-Tarn
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Après un remontage rapide des éléments anachroniques d'un modèle de 1951
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Remise en conformité avec l'origine à la hâte...
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...et transfert en Haute-Saône pour être proposée à un Suisse qui finalement ne l'achètera pas
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A Gérardmer en 2003 pour une dernière inspection avant l'achat, et juste après l'achat...
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Exposée à Nancy les 15 et 16 mai 2004 lors de 70 ans de la Traction. La restauration n'a pas encore commencé...
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Il semble que quatre 15-Six G ait été exposées côte à côte lors de cette manifestation. D'après notre propriétaire nancéen, il y avait là : 680784 bien sûr, 680959 (alias ’’Madame Michelin’’), 680196 et l’inconnue n°3 (qui était alors la propriété du marchand de Gérardmer. J’imagine que quelqu’un, présent ce jour-là, a immortalisé cet évènement en photographiant ces quatre 15 G. Souhaitons que cette photo existe et qu’elle puisse être retrouvée et diffusée un jour…
En attendant, admirons "Madame Michelin" (680959) posant aux côtés de 680784 :
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Ca y est ! La restauration a commencé !
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La belle après restauration
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Et sur la route...
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Post scriptum
Afin de mettre un point final à cette belle histoire, Patrick Walter a fait fabriquer une plaque Saint-Christophe au nom du premier propriétaire de la 15 G et l'a fixée sous le pare-soleil côté passager comme la réglementation de l'époque le demandait. Il a également fait fabriquer un jeu de plaques d'immatriculation portant le premier numéro 702 XV 3 (à n'utiliser que pour des d'expositions statiques, bien entendu...). La boucle est bouclée !
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Un grand merci à Patrick Walter pour m'avoir permis de réaliser cette page ainsi que pour toutes les informations très aimablement partagées.
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